Flèche Bulletin numéro 8
Septembre1965

 Raoul GERMOND

 

 

QUI NOUS RENSEIGNERA SUR LE PRIEURÉ DE ST-PIERRE ?

Le prieuré de St Pierre, qui fut fonde à la fin du 11ème siècle ou au début du 12ème, appartenait à l'ordre de St Augustin. L'étude de Léon Faye publiée en 1856 nous donne sur son histoire de précieux renseignements, mais nous laisse sur notre faim en ce qui concerne le plan des lieux et l'aspect des édifices. D'après Faye, il ne comptait pas moins de dix religieux auxquels s'ajoutaient probablement des élèves et certainement des gens de service. Pour les habitants de la partie haute du bourg, l'église du prieuré était en même temps l'église paroissiale.

Bâtiments conventuels, jardins, église et cimetière paroissial s'étendaient entre la Grand ‘Rue, au midi, les remparts, au nord, et, à l'0uest, l'étroite rue St-Pierre qui conduisait à l'église et au cimetière.

Peut-être une portion de ce vaste emplacement, à l'angle de la Grand ‘Rue et de la rue St-Pierre, fut-elle très tôt concédée à des tenanciers et y trouvait-on, dès le 16ème siècle, quelques boutiques et un cabaret, celui ou pendait, au siècle suivant, l'enseigne du Galion d'Or. Mais, vraisemblablement, c'étaient des bâtiments conventuels qui s’élevaient le long de la Grand 'Rue, là où nous trouvons au 18ème siècle les trois hôtelleries bien connues du Chêne-Vert, du Cheval-Blanc et des Trois Marchands. Il faudrait en apporter la preuve; Pour le moment nous n'avons à noter que la découverte de sépultures anciennes dans la cour du Cheval-Blanc et une porte intérieure de style gothique au-dessus du portail de cette même auberge.

“En 1568, écrit Faye, l'église et le monastère furent pillés, incendiés et ruinés par les protestants. Quelques (1) C'est aujourd'hui la demeure de Madame Guibert.

Quelques religieux furent tués, ceux qui avaient échappé aux violences s'éloignèrent, et pendant plus de vingt ans le service divin cessa d'être “célébré".

Bien entendu, il y avait toujours, quelque part en France, un prieur de St-Pierre de Mauzé qui, malgré tout, forçait de recueillir une partie au moins des revenus de son bénéfice. En 1615, ce prieur était Louis Peschot, religieux de l'abbaye de Merci-Dieu en Berri. Il résigna en faveur de la congrégation des Feuillants et sa résignation fut acceptée par Louis XIII qui accorda l'union du prieuré au monastère des Feuillants de Poitiers. “

Ceux-ci n'entreprirent point de reconstruire les bâtiments conventuels édifiée par les Augustins, Pour eux, semble-t-il, il s'agissait avant tout de tirer tout le revenu*possible du bénéfice que leur avait valu la protection du roi et dont ils avaient, selon Faye, le plus pressant besoin. Or ils trouvaient à Mauzé des monceaux de ruines. Ils se contentèrent de restaurer, pour permettre l'exercice de leurs droits seigneuriaux, les bâtiments qui abritaient le treuil et le four banaux ainsi que la chambre ou se rendait la justice, et de pourvoir à l'hébergement de deux ou trois religieux. Une partie de l’église dont la toiture effondrée, avait été repérée par les habitants avait pu être rouverte au culte. La reconstruction de l'édifice fut remise au culte. La reconstruction de l'édifice fut remise à des temps meilleurs.

Une date gravée dans un des piliers nous indique que, toute sommaire et incomplète qu'elle dût être, elle ne fut achevée qu'en 1684. C'était naturellement le prieur du monastère de Poitiers qui était le curé primitif de la paroisse St Pierre.

Pour assurer à Mauzé l'exercice du culte et l'administration des sacrements, il y nommait un prêtre, maigrement rétribué, que les habitants appelaient certainement Monsieur le Curé mais qui n'était qu'un vicaire perpétuel.

D’autre part, comme le prieuré et l’aumônerie de Ste-Croix avaient aussi, en 1619, été unis aux Feuillants, à charge pour eux d'entretenir l'hôpital en bon état, il fallait bien, pour exercer l'hospitalité et s'acquitter en même temps  de diverses obligations du ministère paroissial, que quelques religieux résidassent a Mauzé. Mais leur nombre était réduit à l'extrême et leur présence même assez irrégulière. Que l’on en Juge par les reproches de l'évêque de La Rochelle qui, en 1560 constatant que les Feuillants n'avaient pas paru depuis six mois à Mauzé et n'y avaient fait aucune prédication de carême, leur faisait signifier une ordonnance "pour les contraindre à résider à Mauzé au nombre de deux."

Dans ces conditions, on peut admettre que les  Feuillants, n'ayant jamais eu l'intention de rebâtir le prieuré, avaient, dès la première moitié du 17ème siècle, arrenté une grande partie du terrain-qui s'étendait entre l'église et la Grand ‘Rue, avec les restes des bâtiments conventuels bordant cette rue, et que les tenanciers, considérant les avantages d'un tel emplacement à proximité du marché et au centre du bourg, y avaient chacun ouvert une auberge. Ce qui est certain, c'est que, vers 1700, trois grandes portes cochères se succédaient, dont il ne reste plus qu'une aujourd'hui : celles des Trois-Marchands et de la Galère (Depuis, le Cheval-Blanc) qui n'étaient séparées que par l'épaisseur d'un mur et celle du Chêne Vert qui a disparu la dernière, quand le docteur Armand Clochard a choisi cet emplacement pour y installer son cabinet de consultation.

D'assez nombreux documents permettraient d’écrire, d'une manière plus ou moins approfondie, l'histoire de ces trois auberges du début du 18ème siècle à nos jours (1). Ce qui reste à trouver, ce sont des renseignements concernant le prieuré disparu. Deux ou trois questions se posent en particulier :

a) Quel était le plan précis de l'église avant les guerres de religion, quand l'édifice se prolongeait par le chœur des religieux et que deux chapelles, celle de St-Jean du côté du prieur é et celle de Ste-Marguerite, du côté des douves, en formaient les ailes ?

b) Où demeuraient, même s'ils n'étaient que deux, les religieux du monastère de Poitiers qui résidaient à Mauzé ?

c) Puisqu'il paraît certain que les Feuillants qui avaient trouvé en ruine l'hôpital de Ste-Croix, au lieu de le faire rebâtir, préférèrent pour des raisons de sûreté personnelle, le transporter dans une maison de la Grand ‘Rue, quelle était cette maison ? On objectera peut-être que certains historiens de Mauzé ont déja répondu aux deux dernières questions. C'est exact, mais les renseignements qu'ils donnent, insuffisamment étayés, ne sont pas de nature à nous satisfaire.

Quand Mr. Besson déclare (2) : "La maison du Dr. Pène (aujourd'hui celle du Dr. Wattrin) fut avant la Révolution un couvent de Feuillants.", c'est une affirmation sans preuve. J'ai déjà fait remarquer (3) que Pierre Marsillacq fit l'acquisition de cet immeuble en 1715, d'une certaine dame Marie Mallet veuve de Jean Marchand. Il faudrait donc admettre que les Feuillants ne l'occupaient qu'à titre de locataires. Cela paraît bien surprenant.

Pour ce qui est de l'hôpital, on lit dans la Vieille Cloche : "Si c'est dans cette maison (ou pendit ensuite l'enseigne des Trois-Marchands) que les Feuillants transportèrent, pour leur plus grande commodité, l’hôpital du prieuré de Ste-Croix.

Mr. le Dr. Jousselin le pense et nous y reviendrons. Malheureusement l'abbé Tribert n'y est pas revenu et nous ne savons pas sur quel document le Dr. Jousselin basait son opinion.

Encore une occasion de déplorer la disparition de ses papiers).

Mais terminons la phrase : "Si c’est dans cette maison... l’hôpital n'y demeura pas longtemps. Un acte notarié du 30 août parle en effet du logis ou pend l'enseigne des Trois-Marchands.

Cette pièce ne se trouve pas dans la liasse des actes notariés datés de 1697 conservés aux Archives Départementales. Après l'avoir consultée, ne l’aurait-on pas remis exactement à sa place ? Acceptons néanmoins la date; il faut conclure, avec l'abbé Tribert, qu'on avait transporté l’hôpital ailleurs,

En 1701, selon Faye, il se trouvait dans une maison du bourg Le prieur de l'hôpital de St-Barthélémy de La Rochelle qui s’y rendit au mois de janvier y vit "quatre méchantes paillasses et quelques pauvres passants." Après 1725, la question de l'emplacement de l'hôpital ne se pose plus : les aumônes qui avaient coutume d'être faites au bourg de Mauzé par les religieux venaient d'être réunies à l'hôpital général de La Rochelle (4).

 Ne va-t-on pas penser qu’à part le plan de l’église les questions soulevées ne sont guère passionnantes ? Il est vrai, mais on n'ignore pas que les plus minces détails peuvent, grâce à des recoupements, prendre une importance insoupçonnée.

Qu'en disent les occupants actuels des lieux ou s'étendait le prieuré des Augustins, dont tout vestige, certainement, n’a pas disparu ? Propriétaires et locataires de l'ancien Chêne vert et de l'ancien Cheval-Blanc appartiennent tous à notre société.

Ont-ils abandonné l'espoir de faire parler les vieilles pierres au milieu desquelles ils vivent on n'ont-ils encore entrepris aucune recherche sérieuse ?

RG

(1) J'ai déjà parlé des Trois-Marchands et du Chêne Vert dans deux articles : “Les ancêtres mauzéens de E. Fromentin“ (Bulletin n° 5) et "Élisabeth Bourdon, fermière générale des prieurés de Mauzé" (Courrier de l'0uest du 15 9 1962. Mais c'était en quelques sortes incidemment. Il faudrait reprendre ces esquisses pour en tirer une étude plus complète et plus détaillée.

(2) "Au fils de mes cent ans", p. 17.

(3) Bulletin n° 7, p. 5.

(4) Faye, p. 185.