Flèche Bulletin numéro 8
Septembre1965

 Colonel LIGRAUD

 

 

SUR L'ANCIENNE AUBERGE DES TROIS-MARCHANDS

Colonel LIGRAUD (14 juillet 1965).

Dans l'article sur les ancêtres mauzéens de Fromentin paru dans le bulletin n° 5, j'ai noté la phrase suivante : "L'ancien logis des Trois-Marchands, comme les logis voisins du Cheval-Blanc et du Chêne Vert, tous les trois ayant appartenu aux religieux Feuillants et dépendu du prieuré de Saint-Pierre, nous posent problèmes qu'il ne sera pas facile de résoudre." Or cette anciene auberge des Trois-Marchands qui fut la demeure du Dr. Jousselin, je l'ai beaucoup fréquentée au temps de Fernand Laporte. Je voudrais apporter ma petite contribution aux recherches dont elle est l’objet.

Je possède un vase en terre (malheureusement mutilé manque le col) provenant d'un sarcophage en pierre découvert le 15 juin 1956, en creusant un puisard dans la cour de l'ancienne maison Jousselin, du côté des bâtiments occupés maintenant par Veuve Mr. Pierre Boubial. D'autre part, j'ai vu et garde le souvenir précis d'autres sarcophages en pierre (très ordinaires) mis au jour en 1906 lors de la construction des nouveaux bâtiments qui devaient remplacer les remises et l'écurie du Dr. Jousselin. Certains contenaient encore des ossements. Leur emplacement est voisin du puisard dont le creusement a permis la découverte du vase (notons en passant que tout à côté du puisard se trouve un puits à ras de terre, sans doute très ancien, mais qui ne semble pas présenter beaucoup d'intérêt.) Le tout se trouve à l'angle ouest-sud-ouest du jardin, à l'entrée de l'entrepôt qui ouvre sur la rue René Caillié. On n'a pas oublié les sarcophages trouvés au nord de l'église soit au cours de la réparation d'un contrefort, soit lors de la construction de caniveaux autour du square actuel, et dont quelques-uns contenaient aussi des vases. Ces dernières sépultures appartenaient au vieux cimetière St-Pierre, disparu avant 1720, si l'on en juge par le plan Masse, et qui entourait l'église au nord et à l'ouest, en deçà des douves qui l'empêchaient de s'étendre. Mais que dire des tombes découvertes dans la cour de Fernand Laporte ?

On sait qu'entre l'église et la Grand ‘Rue se trouvait le prieuré de St-Pierre qui appartenait aux Feuillants de Poitiers.

Leur four, d'après l'abbé Tribert, se trouvait à l'emplacement actuel des immeubles formant maison, garage et station Lescorby et l'entrée de leur parquet était située à l'emplacement exact de l'entrée actuelle du Presbytère. À une date non exactement fixée, entre 1650 et 1640, les Feuillants avaient transporté, pour leur commodité, l'hôpital du prieuré de Ste Croix dans l'immeuble qui devait, par la suite, devenir l'auberge des Trois-Marchands.

Il est donc permis de penser que les tombes trouvées dans la cour de l'ancienne maison Jousselin étaient  celles soit de religieux du prieuré, soit peut-être, mais cela paraît moins probable, de malades décédés à l'hôpital.

Le jardin de l'immeuble est surélevé par rapport à la cour; mais cette différence de niveau n'est pas entièrement artificielle. Le terrain est en pente de l'église vers la Grand ‘Rue;  on peut le constater du côté du presbytère ou se trouvent quelques degrés en pierre que l’on descend pour se rendre dans la partie de l'ancien logis du Cheval Blanc occupée par Madame Lambert.

C'est après l'acquisition de la maison Jousselin par Fernand Laporte que celui-ci fit niveler le jardin en le haussant côté cour par de la terre rapportée soutenue par un mur. Les sarcophages se trouvaient dans la partie la plus basse du terrain.

J'ajoute pour terminer que je possède un dessin de la porte gothique signalée par Mr. Besson, qui se trouvait dans un mur de l'ancienne maison Jousselin et fut hélas ! vendue à un antiquaire (Mr. Moreau). Il ne s'agit pas d'une porte en bois fermant une ouverture, mais bien des pierres sculptées qui encadraient cette ouverture. Les jambages sont ornés de fines colonnes à chapiteaux de feuilles. L'arc en accolade ferait dater cette porte du 15ème siècle.

Fernand Ligraud