Flèche Bulletin numéro 8
Septembre1965

 Raoul Germond
Louis Fradin

 

 

IL S’EST ASSIS LÀ, GRAND-MÈRE

Dédié au Dr. Bossuet à qui rien de ce qui concerne Napoléon 1er ne saurait demeurer étranger. `

Le 5 juillet dernier, le Dr Bossuet, qui s'était levé très tôt pour méditer sur l’évènement, était sans doute le seul habitant du bourg à penser que, ce jour-là; il y avait exactement cent cinquante ans que Mauzé avait vu passer Napoléon, quand, sur le chemin de l'exil, il gagnait Rochefort bloqué par la croisière anglaise.

Quel fut l’accueil de Mauzé au souverain déchu ?

Aucun document authentique ne nous renseigne et la tradition paraît un peu suspecte. Mr, Besson (1) raconte que sa grand-mère maternelle vit passer l'empereur dans sa voiture l'air profondément triste, la tête entre les mains: Au relais de la Poste aux chevaux, écrit-il, une jeune fille lui offrit des fleurs, et des bonbons aux enfants du général Bertrand. Le général ayant fait signe aux enfants de ne pas toucher aux bonbons; l'empereur aurait dit : " croyez-vous donc que cette jeune fille veuille nous empoisonner ? " Mr. Besson tenait l’anecdote du Dr. Clochard lequel l'avait entendue de la bouche même d’une Madame Gachon très âgée, qui n'était autre que la jeune fille aux bonbons.

Mais voici que le colonel Ligraud nous communique une autre information qui ést également de source orale.

Il la tient de son oncle Fernand Laporte, lequel la tenait lui-même de son grand-père, Jean Laporte» L'empereur aurait pris un léger repas à Mauzé dans la maison de Madame Savary, veuve du contre-amiral. Le fait est invérifiable mais paraît fort acceptable. Les deux fils aînés du contre-amiral étaient officiers de l'Empire et l'empereur eût pu gagner discrètement la maison des Savary (1) et y demeurer à l'abri des curieux pendant qu'au relais on changeait de chevaux. Il avait quitté Niort à quatre heures et demie du matin. Il arrivait à Mauzé à l'heure où l'on pouvait penser à un premier repas...

Une relation authentique viendra-t-elle un jour confirmer le fait ? Cela ferait tant de plaisir au docteur Bossuet.

R.G.

(1) Au fil de mes cent ans, p. 95