Flèche Bulletin numéro 8
Septembre1965
 Raoul Germond

 

 

A PROPOS DE L’EXPOSITION SUR LES PÈLERINS ET CHEMINS DE ST JACQUES

On a beaucoup parlé de l'exposition organisée par les  Archives Nationales à l'hôtel de Rohan du 1er au 7 juillet : "Pèlerins et chemins de Saint-Jacques du Xème siècle à nos jours."

Après Poitiers, la plupart des pèlerins venant de la région parisienne se dirigeaient vers Bordeaux par Lusignan, Melle, Aulnay, Saint-Jean- d'Angély et Saintes. Ils passaient donc, en général, assez loin de Mauzé. Mais rien n'empêchait certains d'entre eux de faire un crochet.

C'est ainsi que dans une vitrine de l’exposition figurait, prêtée par les Archives Municipales de Dreux, une simple feuille de papier, passablement froissée, portant la liste des étapes d*un pèlerin du 18ème siècle allant d'Arpajon à Toulouse, sur laquelle on pouvait reconnaître, malgré une orthographe phonétique assez déconcertante, les noms de Mauzé et de Nuaillé. Une revue d'histoire locale éditée par la coopérative des élèves-maîtres de l’École Normale d'Instituteurs d'Eure-et-Loir (N° 15, 1963) nous fait connaître que cette feuille a été trouvée dans une boîte de pèlerin avec d'autres documents établissant de manière certaine l'identité du porteur et sa qualité de pèlerin.

Il s'agit d'un nommé Michel, fils de Michel Marie, vigneron, baptisé à Chérisy, le l4 octobre 1744 et qui n'avait pas encore vingt ans quand il se mit en route. L’attestation épiscopale dont il était porteur est, en effet, surchargée de mentions indiquant qu'il passa à St-Jean-Pied-de-Port le 1er octobre 1764 et le 7 à Roncevaux. Voici, en respectant l'orthographe du document, le chemin que suivit ou se proposait de suivre le jeune Michel Marie : potié, luziyan, saint macsance, noyere, moyais, noiyai, la rochelle, rochefort, saintes, mirabot.

Ainsi Mauzé a pu voir passer des pèlerins de Saint-Jacques, portant bourdon et besace, de ceux qui ne se souciaient pas d'emprunter le plus court chemin pour gagner les ports pyrénéens. C'était certes, la foi qui les poussait sur la route de Compostelle, mais s'y ajoutait sans doute le désir de voir des pays inconnus. On peut penser que cc garçon de vingt ans, fils d'un vigneron du pays Chartrain, parcourut les campagnes d'Aunis et de Saintonge avec une attention constamment en éveil, en ce temps de l'année ou se précisait la promesse des grappes encore vertes.

R.G